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Anne 18-8-2020
Nous avons presque tous rabâché en classe, que « le vrai nom de Molière était Jean-Baptiste Poquelin, fils d'un tapissier du roi Louis XIV, etc.» et je me posais deux questions : est ce que cette énième biographie allait m'intéresser, et surtout, pourquoi Boulgakov avait il eu l'idée saugrenue de s'y atteler ?
Et bien, elle m'a intéressée ! D'abord, le style n'a pas le côté vaguement sinistre de la biographie qu'on trouvait en tête des fameux petits classiques Larousse, et surtout, quel travail ! L'auteur est allé fouiner dans toutes les bibliothèques, comme il se doit en pareil cas, mais ne se prive pas de donner vie à des événements et des personnages qu'il est peu probable qu'il ait pu rencontrer ! Figurez-vous que le livre commence par un entretien, où il admoneste, éberluée par son art oratoire, la sage-femme qui a permis au petit Jean-Baptiste de voir le jour, avant terme, en lui faisant savoir que ce bébé sera un jour un homme illustre.
Et ça continue ! Tout est exact, mais tout est mis en scène, grâce au talent de Boulgakov, Jean-Baptiste déteste la boutique ? Il veut étudier ? Nous avons droit à une conversation entre le père (bien triste), et le bon grand-père qui soutient son petit fils dans son désir de faire des études, et qui gagne ! Tout de même, Jean-Baptiste sera envoyé à Orléans, où il décrochera un diplôme de droit, dont il ne fera jamais rien.
Ensuite viennent les années de vache enragée, les spectacles sans spectateurs, toutes sortes d'anecdotes peu connues, mais véridiques, et enfin, les succès de Molière à la cour.
Mais ce qui a sûrement fasciné Boulgakov, c'est le rapport de Molière au pouvoir, c'est-à-dire au roi Louis XIV, lui-même partagé, malgré sa toute puissance, entre la nécessité de ménager l'église, la noblesse (enfant, il avait connu la Fronde et ne l'avait jamais oubliée), et son amour des arts, sa grande amitié pour Molière dont il appréciait le talent. On a du mal à croire que même lui, ne pouvait pas sans risque laisser Molière ridiculiser les religieux, les médecins, les nobles…
Boulgakov avait subi la censure de Staline, qui l'avait empêché de publier ses écrits et de faire représenter ses œuvres, c'est certainement pour cette raison qu’il s'est passionné pour Molière, sa vie, son œuvre, il devait se sentir en terrain connu.
J'ai dévoré ce livre, et je vous conseille d'en faire autant.